dimanche 7 avril 2013

François BOUËT illustre Octave MIRBEAU : La Faune des routes

François  BOUËT 
La Faune des routes 
Octave  MIRBEAU
Editions Luis Casinada
Montpellier, 2013

9 ème volume de la collection Parce que !

François BOUËT illustre Octave MIRBEAU aux Editions Luis CASINADA

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Cette fois-ci, nous avons l'occasion de travailler avec un artiste qui a consacré une bonne partie de son activité à l'illustration de livres.
Si vous consultez son site ( http://www.bouetbouet.fr/carte.html ) vous lirez des choses comme ça :

«François BOUËT, peintre, illustrateur, graphiste est un raconteur d’images.
Tout est sujet d’attention pour lui. De la mobylette à l’arbre d’un parc, la campagne n’est jamais loin.
Il traverse le bazar de la vie, un carnet en poche, libre de se promener dans l’espace de sa pensée, de sa peinture avec la légèreté du clairvoyant. Ses images sont des instantanés de son décor familier, des détails secondaires du paysage, des arrières-plans négligés, un peu comme des clichés maladroitement cadrés qui se révéleraient plus tard contenir l’essentiel d’une vie qui s’est déroulé hors-cadre. Elles sont les points de départ d’histoires réelles ou à inventer, au choix.
Il éclaire la face oubliée, révèle une osmose animiste avec les choses, leur présence inaperçue, une intimité, comme un signe amical de reconnaissance.
Ses images, au contour net, telle une écriture ronde qui rassure, causent de toujours et de l’instant.»
Marie-Odile STECK, mai 2009.

François BOUËT travaille à Montpellier et a réalisé des couvertures de livres, des affiches, des illustrations pour la presse et l’édition ainsi que des albums-jeunesse.
Et pour le contacter, vous pourriez faire :   bouetbouet@free.fr
Vous apprendriez même à mettre un tréma sur le E de son nom. 

Vous comprenez bien qu'un livre de FRANÇOIS BOUËT était indispensable dns la collection Parce que ! de Luis Casinada. 
On ne s'est pas privé d'aller le tarabusquer.  J'ai, à Avèze (tout le monde sait où est Avèze) une gravure de François Bouët : La Pêche. Alors, en avant ! Gros hameçon, gros appât, le genre de proposition qu'il ne pourra pas refuser : un texte superbe et déjanté (pneumatiques en goguette) d'Octave MIRBEAU. C'est un chapitre d'un livre fou au titre fou : "LA 628-E8". 628-E8, c'est le numéro d'immatriculation de la voiture. De 1907. Mirbeau aura même une contravention lorsque sa plaque minéralogique sera tâchée de boue. Or, de la boue, il y en a partout sur ces routes sans bitume. Avec ça, Mirbeau et son chauffeur filent comme le vent vers la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne. Un livre de voyage. 
Au bord des routes, et parfois au milieu, la faune des obstacles : chevaux, vaches, chèvres, chats, cochons (et cyclistes). C'est La faune des routes.
Il n'y a pas que ça, bien sûr dans les 416 pages du livre. LISEZ MIRBEAU
Mais nous, nous avons choisi de zoomer sur les bestioles. 


Pour François BOUËT, tout est paysage. Du moins, tout fait paysage. Le paysage, c'est ce mélange du naturel et du technologique, du biologique et de l'artefact. 
Alors, il s'en est donné à coeur joie à mélanger bielles et foies, cardans et rotules, intestins et durites, vessies et lanternes.

Voyez la fameuse 628-E8 :  elle a de la tripe, de l'estomac! Son moteur 6 coeurs culbutés fait des ravages chez les chauffeurs sentimentaux.

La 628-E8 de MIRBEAU écorchée par François BOUËT

Et comme la route défile, François BOUËT a créé, pour chaque exemplaire, un paysage différent.
Attention : Mes scans des images retouchées mangent les gris qui sont gris dans les livres.


Vroum-vroum pouet-pouet par François Bouët

La bête noire de Mirbeau, c'est le cheval.  Vous allez voir comme il en parle et comme il l'aime pas !
Cette bestiole qui roule des mécaniques et n'a pas d'âme irrite Octave au plus haut point.
François BOUËT lui concède toute la mécanique, mais pas trace d'âme. C'est l'Animal-Machine de La Mettrie mis à la portée de tous par la Manufacture des Armes et Cycles de Saint-Etienne (Manufrance).

CHEVAL-MACHINE de François BOUËT


Le même, dans son milieu naturel


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Le cheval a peur de l'odeur, peur de la couleur, de la lumière, de l'ombre, de son ombre, de l'ombre de celui qui le mène; il a peur d'un bout de papier, d'un sac d'avoine tombé, d'un morceau de verre qui brille, d'une lueur de lune dans une flaque d'eau, d'un reflet de feuille qui bouge, ou de nuage qui chemine sur la route. Le cheval a toutes les phobies. Il a même toutes les autophobies, et à un degré de morbidité que n'a peut-être pas atteint M. Emile Loubet, lequel, avec un si bel à-propos et autant de fureur prophétique, fulminait, contre les automobiles, les mêmes fâcheuses malédictions que fulmina M. Thiers contre les chemins de fer… Ah! Ces grands hommes!
Ce n'est que quand la machine, qu'il n'a ni devinée ni prévue, - je parle du cheval -, le frôle, qu'il fait un écart, se cabre, rompt son attelage, et renverse choses, gens, voiture et lui-même, dans le fossé. Ainsi que le lièvre, qui n'est dangereux qu'à soi-même, mais qui ne hante pas les routes, le cheval a cette infériorité physiologique de ne rien voir devant soi. Il ne voit que ce qui est à droite, ou à gauche, comme un politicien de la Chambre. Pour qu'il marche sans accroc et sans dommages, il faut qu'il ne voie pas du tout… Bandez-lui complètement les yeux et, d'un pas égal, d'une allure somnolente, cet Amour à quatre pattes ira toujours, et il tournera, par exemple, des heures, des heures et des heures la roue d'un manège sans s'arrêter jamais, sans jamais se révolter.
On ne rencontre pas, en conduisant (chauffant), d'animal - l'homme et même le cycliste compris - qui soit plus dangereux et dont il faille se méfier davantage. Chaque fois que j'aperçois, sur la route, ce périlleux imbécile, je ralentis toujours, et souvent je m'arrête, car on ne sait quelles frasques, quelles extravagances meurtrières peuvent bien lui passer par la tête. Sa stupidité fait penser à celle d'une caste, naguère omnipotente, à qui, dans sa déchéance actuelle, il ne reste plus, pour se donner encore l'illusion de la puissance et de la vie, que la faculté de caracoler. On s'applaudit de voir qu'elle sera bientôt dépossédée.

La  vache, elle, s'attire toute la sympathie de Mirbeau, et avec elle sa famille, boeuf et veaux.

VACHE

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Une vache ou deux, surprises, une bande de bœufs qui vont à l'herbage ou à l'abattoir, auront l'air gauche et comique à détaler pesamment, et leur gros derrière à se lever, se trémousser, et leur queue ridicule, à battre l'air, devant le moteur qui les pousse. Ils vous mèneront peut-être loin ainsi. Mais même une troupe de veaux, très longtemps poursuivis, tourneront toujours dans un chemin, dans une brèche de la haie, dans un champ, où ils se remettront bien vite de leur émoi, et vous regarderont passer avec une curiosité un peu tremblante, une gentillesse étonnée… J'ai remarqué que les vaches ont, en général, une certaine sagesse. Elles ne perdent complètement la tête que si, parmi elles, un cheval vient leur communiquer sa peur stupide.



On peut avoir de la sympathie pour la vache. Son coup de langue nettoie aussi bien que la pâte Arma et polit comme la meilleure meule à polir. C'est utile et serein. 

Mais la vraie tendresse, c'est au cochon qu'on la doit. Tout en lui, est utile. Il range ses abattis comme un bel atelier : on ne jette rien, on farcit les tiroirs et les étagères, on écrit sur les poutres de l'établi, comme Montaigne, la phrase sacrée : ÇA POURRA SERVIR UN JOUR.
Cochon des Alpes, ou Cochon Serrano ...


--> Les jeunes cochons, si roses, si gais, si jolis, accompagnent l'auto, en galopant joyeusement sur les berges. Ils ne traversent jamais… C'est une joie de la route que de voir ces petits êtres charmants se suivre et nous suivre, - frise délicieusement enfantine - , le groin en avant, les oreilles battantes, la queue qui frétille… Aussi gras, joufflus, et plus roses que ces Amours qui, sur les plafonds, les tapisseries, les boîtes de chocolat, sortent du déroulement des banderoles, des conques fleuries, des corbeilles enrubannées. Ah! Petits cochons… petits cochons!... C'est aussi une tristesse de se dire que toute cette jeunesse, toute cette joliesse, toute cette gaieté sautillante, finiront, bientôt, en eau de boudin…

 En parlant de boudin... 


... voici le point final.



Pas tout à fait. En voici un peu plus sur FRANÇOIS BOUËT :
" C’est au siècle dernier, très exactement en l’an 1985, que Montpellier voit arriver, venu de sa lointaine et gardoise ville d’Uzès, un bien curieux personnage. Depuis lors, il rôde, un carnet de croquis à la main, il expose, il fomente des événements artistiques depuis son atelier, il joue aussi de la musique, en toute impunité et même avec un certain succès. Nous avons relevé le défi, et après de très délicates investigations qui ont mobilisé de gros moyens, nous avons enfin identifié cet illustrateur auquel nous consacrons une page.
François Bouët est né outre Vidourle en 1957. Il commence ses études artistiques à l’Ecole des Beaux Arts de Nîmes, au moment où Claude Viallat, (un des membres fondateurs du groupe Supports/Surfaces) en prenait la direction. L’école s’oriente alors avec force vers l’art contemporain, ce qui (malgré la très haute estime que porte F.Bouët à C. Viallat) ne convenait pas du tout à notre artiste. « Ce qui m’intéressait, c’était la publicité, la communication, la sérigraphie, le graphisme. Je voulais faire des logos, des affiches ». Alors, François Bouët continue en autodidacte. Impressionné par les posters psychédéliques qui présentaient entre autres Janis Joplin ou Jimmy Hendrix, par des gens comme Crumb mais aussi par l’école polonaise qui réalise des affiches dont les originaux sont en relief, multicouches, il poursuit son chemin, le crayon à la main.
A Orléans, il travaille dans une imprimerie, fait de la mise en page, de la photogravure. A Montpellier, il rejoint une agence de publicité, avant que la révolution informatique ne se généralise. Il illustre, avec Philippe Paddeu, quelques films pour Media 6, fera même de la peinture murale au Dinosaure, une scène musicale montpelliéraine. Ce qui fait la singularité de notre artiste, ce sont tous ses carnets de croquis, il en a un stock incroyable, et toujours un dans sa poche. C’est son parcours professionnel qui lui a fait découvrir cet outil : depuis une quinzaine d’années, il animait des ateliers artistiques pour psychotiques et c’est là qu’il a approché cette technique pour la première fois : « C’était un moyen de communication : je dessinais mes stagiaires, et je leur demandais de me dessiner à leur tour ; au début sur des bouts de papier, puis un jour, ma belle-mère m’a offert un carnet, et depuis, j’ai continué à en acheter. Il m’en fallait des petits, qui rentrent bien dans ma banane… »
François Bouët nous avoue dessiner en fonction de sa disponibilité, aux terrasses des bars, ou n’importe où ailleurs. « Un dessinateur, il faut bien qu’il dessine, non ? », nous explique-t-il, comme pour s’excuser. « Parfois, je ne fais que commencer, puis je termine plus tard, je fais du remplissage ». Et de nous montrer ces millions de petits traits qui constituent des nuances, des ombres délicates, des feuillages. «  Je fais aussi des aquarelles, avec mon fils, on va souvent au jardin des plantes. Pour cela, il ne faut pas beaucoup de matériel, c’est très agréable. Le dessin, en général, c’est rééquilibrant, ça me fait un peu penser  à du yoga ». mais il nous avoue que le vrai souci est financier : « Cela ne suffirait pas pour vivre et nourrir une famille, heureusement, mon épouse travaille à côté, ce qui me permet de ne pas brader mon art.»
Une autre facette du personnage, c’est la musique. François Bouët est percussionniste. Il commence avec les Révérends Blues, un ensemble qui se définit comme « diffuseur de joie de vivre, entre création et récréation, entre ciel et terre, entre toilettes et comptoir, où l’esprit rejoint le corps », tout un programme. Avec Roland Ramade au chant, ils interprètent une sorte de grand messe au vitriol, qui fera qu’une fois, avant même de jouer à Saint Affrique, la presse locale criait au scandale. Puis, il intégrera une fanfare : « On joue dès qu’on arrive ; c’est très agréable : il n’y a pas de balance à faire avant de jouer, on n’a pas de problème avec un sonorisateur… ». Mais ce n’est pas tout, il a sévi aussi au sein d’un petit groupe The F'Holes, qui gagnera la finale régionale du Printemps de Bourges en 1991. Il se produit également avec l’Orféon de Garafatch, pour un style jazz-latino et dans un autre groupe innommé du cotè de Bouzigues qui interprète du Jo Dassin entre autres…. 
François Bouët fait partie des véritables trésors vivants de Montpellier. Il nous livre un regard esthétique sur une ville trop souvent masquée par des coups de flash géant qui nous éblouissent en nous empêchant d’en distinguer les véritables détails, ce qui compte vraiment pour nous. Lui, il prend le temps de s’asseoir et de regarder. Mieux encore, il fixe sur le papier ce qu’il a ressenti et nous le fait partager. Merci François…"  Thierry ARCAIX - 2010


Choisissez le vrai portrait de l'artiste: ci dessus ou à droite?













La PECHE











Rappel : 


Tous les livres de la collection PARCE QUE! se présentent sous un format 17 x 17 cm (pour les amateurs, celui des 45 tours vinyl). 
Un coffret en aluminium et plexiglas cristal permet deux "utilisations". On peut, au choix, s'en servir comme d'un livre, les lire, les feuilleter, les ranger sur les étagères d'une bibliothèque. Ou bien, les afficher au mur comme un tableau
En effet, la couverture est occupée à chaque fois par une illustration pleine page ne portant ni lettrage, ni marque de reliure.

Le tirage se fait sur papier Japon Awagami Hosho.
La reliure est du type 'à la chinoise', chaque feuillet étant doublé par un pliage sur lui-même, les fils de reliure sont masqués par les pages de titre et de frontispice.
Le tirage est de 20 exemplaires, ce qui, ôtés les exemplaires d'auteur et d'éditeur, correspond à 10 EXEMPLAIRES DISPONIBLES POUR LES AMIS.
Tous les exemplaires sont, bien sûr, numérotés et signés. 
Adresse : barral.guy@neuf.fr