mercredi 17 octobre 2012

KAREN THOMAS illustre JEAN COCTEAU : A Shelley

JEAN COCTEAU
A SHELLEY
ILLUSTRE PAR KAREN THOMAS
Editions LUIS CASINADA
Montpellier, 1998.


A Shelley, de Jean COCTEAU illustré par Karen THOMAS


 Le texte de Cocteau date des années 1910-1912, antérieur au Potomak, qui marque une césure dans l'oeuvre. Le manuscrit en était resté inconnu, jusqu'à sa redécouverte et son rachat par Pierre Bergé. Il est en vers irréguliers et très caractéristique de la merveilleuse facilité de Cocteau

   Karen THOMAS est une artiste anglaise qui vit et travaille à Montpellier et qui a exposé un peu partout en Europe. Elle était, par ses origines et surtout par son style, prédestinée à illustrer ce texte.

                   Le livre se présente sous la forme d'un volume oblong, d'environ 35 cm sur 15. Il est relié par un ruban de soie rouge. La reliure en papier brut blanc est protégé par un papier cristal, et par des gardes de papier indien.

    Le tirage est limité à 45 exemplaires, dont 20 réservés aux éditeurs et auteurs. Tous les exemplaires sont signés par l'illustratrice et l'éditeur (Luis Casinada, id est Guy Barral).




Le tirage est fait sur deux papiers différents pour jouer sur la transparence.
                  Le texte est imprimé sur du papier Japon Sanmore qui a la particularité d'être très solide, d'un toucher doux et crémeux, et surtout d'être relativement translucide. Cette transparence a deux objectifs :
                  * Montrer, en sous-jacence sous le texte, les magnifiques illustrations de Karen Thomas, qui apparaissent de plus en plus nettement au fur et à mesure que les pages de texte se tournent, jusqu'à être, seules, sous les yeux du lecteur.
                  * Evoquer, par une métaphore bibliophilique, la clarté même du texte.
                  Les illustrations sont tirées et peintes sur du Japon Dosabiki, qui, lui, est un très fort papier (120g) très blanc et très opaque, crémeux et granuleux, auquel on a, ici, laissé toutes ses barbes.

Transparences : texte, illustration, texte...
Tu es mort comme Jean Baniel...

A propos, si quelqu'un sait qui était JEAN BANIEL, enfant de choeur de la Sixtine... ?
Le livre comporte quatre illustrations pleine page (dont le frontispice) par Karen Thomas. A partir de dessins de l'artiste, ces illustrations ont été tirées en noir. Puis, chacune a été colorisée à la gouache par le peintre elle-même. Tous les exemplaires sont donc différents, les choix chromatiques variant de l'un à l'autre.




Une autre version du frontispice
BOITE AUX ANECDOTES :

C'est Pierre CAIZERGUES qui m'a sollicité, en accord avec Pierre BERGE, pour éditer ce texte. Pierre Caizergues, qui allait ensuite prendre la succession d'Yves Bonnefoy à la chaire de poésie du Collège de France, était alors professeur à l'Université Paul Valéry à Montpellier, spécialiste de la littérature - je devrais dire de la poésie - du XXe siècle : il est "spécialiste" de Cocteau et d'Apollinaire. Il est aussi poète.
Le manuscrit du texte de Cocteau avait été racheté par Pierre Bergé, et il semblait opportun, en parallèle avec l'édition en Pleïade, d'en donner une édition originale pour bibliophiles.

Je connaissais Karen THOMAS depuis bien longtemps. A son arrivée à Montpellier, vers 1983 ou 84, elle avait même installé son atelier dans l'arrière boutique de mon magasin de disques, rue des Soeurs noires. J'admirais (j'admire) son oeuvre, et l'immense tableau de Luisa la bibliothécaire qui est sur mes murs depuis 20 ans (?) ne les a jamais quitté. C'est dire qu'elle figurait d'emblée dans la liste des peintres dont je voulais éditer un livre. Mais voilà, aucun des textes que j'avais édité jusques là ne m'avait semblé fait sur mesure pour elle.
L'arrivée du Cocteau modifiait la donne : le texte était pour elle.

A ce jour (octobre 2012), Karen doit être en train de méditer sur un texte de Stéphane Mallarmé que nous lui avons proposé d'illustrer pour les nouvelles publications des Editions Luis Casinada. On ne change pas une équipe qui gagne.

Autre petite anecdote.
15 exemplaires étaient réservés aux membres du Comité Jean Cocteau. Ce qui explique les 20 ex. hors commerce). Je les remis à Pierre Caizergues qui les présenta à la réunion suivante du Comité, à Milly-la-Forêt, je crois. Les exemplaires furent distribués en début de séance.
Mais il y eut un retardataire de marque. De grande marque ! Tellement grande que, sourcillieux de n'avoir pas son A Shelley, l'incident diplomatique était imminent.
Du coup, un des membres de moindre importance se vit retirer son exemplaire...
J'ai su les noms de quelques présents, j'ai su les noms de l'important personnage, et de celui qui fut dépouillé...
Mais j'ai dû les oublier...





      Ce livre a été récemment exposé au Musée Fabre de Montpellier, et figure sur le catalogue et le CD-Rom qui accompagnent cette exposition des Fonds Cocteau de l'Université Paul Valéry.



UNe autre version de la barque de Shelley, avec des couleurs différentes