dimanche 22 mai 2016

SCARABÉE, FABRE et HERVOUET : dessiner un mythe





Le 7 mars 2016, Sébastien HERVOUET s'est dit : 
tiens, un petit scarabée... 







          Il a sollicité un texte de JEAN-HENRI FABRE pour supporter ses images, et rouler sa presse à estampes : 

Les choses se passèrent ainsi. Nous étions cinq ou six : moi le plus vieux, leur maître, mais encore plus leur compagnon et leur ami ; eux, jeunes gens à coeur chaleureux, à riante imagination, débordant de cette sève printanière de la vie qui nous rend si expansifs et si désireux de connaître. Devisant de choses et d'autres, par un sentier bordé d'hyèbles et d'aubépines, où déjà la Cétoine dorée s'enivrait d'amères senteurs sur les corymbes épanouis, on allait voir si le Scarabée sacré avait fait sa première apparition au plateau sablonneux des Angles, et roulait sa pilule de bouse, image du monde pour la vieille Égypte 


       Et l'image du monde  s'est multipliée en une suite de scarabées roulant leur bosse sur tous les sols du monde. 
       Ça trottine, ça galope, ça se bouscule, il en vient de partout, chacun étant ce qu'il est et tous ensemble faisant un livre.











          Le texte de FABRE relate l'épopée de la métamorphose de l'ordure par le peuple des scarabées. La recherche des bouses, leur conquête, leur transport, leur ingestion et leur digestion. 
         C'est cette longue chaine alimentaire et littéraire (littéraire surtout) que FABRE ET HERVOUET, chacun dans son domaine nous racontent. 
       Fabre, démiurge (parce qu'écrivain) et tatillon (parce qu'entomologiste) :


             Hervouet, lui, prend la forme parfaite du scarabée qui réunit tout ce dont peut rêver un artiste. D'abord un corps si dense qu'il a servi de mesure de poids, de monnaie, de talisman (seule l'olive est aussi dense).  Bref, cette espèce d'ombilic du monde où s'engouffre la matière comme dans un trou noir. C'est d'ailleurs cette absorption du monde qui fascine aussi Fabre, c'est pour ça que le livre est si cohérent, lui-même si dense en peu de matière. 
           Ensuite, autour de ce corps, les broderies graphiques des pattes et des mandibules qui sortent, s'agitent, rassemblent et dispersent le dessin. On sent la gouge qui ondule, qui essaie de respirer en ramenant pour le rendre visible de l'espace vide autour du noyau central, irrespirable. 
           Pattes trop minces pour un corps trop gros. Le dessinateur-graveur dira que c'est la dialectique du trait et des masses, c'est à dire que rien n'échappe à l'immense densité du réel (ici le corps du scarabée) et à l'inconsistance du geste (les pattes, qui sont des traits).
           Le scarabée rose attrape les fils d'on ne sait quel tissu. Le blanc-bleu écartera peut-être le rideau gris derrière lequel il y a ...? Son copain couve un livre imprimé et on sait bien que le monde est fait pour se perdre dans un livre. Et les autres pareil, chacun à sa manière.
           L'agitation frénétique que décrivent les deux auteurs culmine lorsque le corps blanc (un vide lourd comme le silence) secrète des fils d'argent qui embobinent tout.







           Mais j'ai l'impression de parler égyptien,  l'incompréhensible égyptien d'avant Champollion, quand le scarabée se contentait de faire renaitre le soleil chaque jour. 
         Contentons-nous (c'est-à-dire soyons contents) que ces 9 scarabées de Sébastien Hervouet, posés sur le texte tumultueux de Fabre, aient réussi à faire 9 livres.





9 beaux livres.


Merci au  7 mars, le 66e jour de l'année, pour cette naissance.